Le mystère de José le Vagabond
Il est sur une avenue à haranguer des gens. Ceux-là marchent tout droit, avec des capes et des sortes de "baguettes magiques". Ils vont à une sorte congrès Harry Potter. Vous savez ce qu'on pense ici d'Harry Potter, personnage sorti de l'esprit d'une Anglaise dé-spiritualisée qui a conçu un protagoniste qui est en réalité une véritable merguez pour laisser l'héroïsme à Hermione, la première de la classe.
Bref, le gus qui nous intéresse parle aux gens, leur fait des signes, les suit brièvement et se prend des vents. Lui, c'est José, sans abri et anti-mondain malgré lui. Comment je le sais ? J'ai juste posé un dèrche sur un banc, pas très loin, pour me manger une foutue barre de protéine, parce que j'ai sauté le repas du midi.
Naturellement, il vient me parler et ô surprise, il ne me demande pas de l'argent. Il me demande si je vais aussi à "l'évènement Harry Potter". Ce à quoi je réponds aimablement : "Non, je n'aime pas le personnage et je trouve la saga surcotée. En plus ça parle de sorcellerie'. Lui alors me répond : "Moi j'adore, tous les 7 films et Hermione". Je lui réponds : "J'aime aussi Hermione". Bien qu'elle soit une insupportable païenne. Le mec est souriant comme pas deux, il dit s'éclater à parler aux gens et se plaint de ses potes, aussi assis sur un banc, à manger des sandwiches. Il les trouve assez inactifs. Qui sommes-nous pour juger après tout ? On plaisante. On se marre. Je lui dis : "Attention à ces gens, ils sont là pour jeter des sorts". Il rit en montrant toutes ses dents jusqu'aux incisives.
José a quand même le regard triste. Il semble avoir tout le temps les yeux embués de larmes. Ou bien sont-ils naturellement tout brillants. Le blanc de ses yeux est de la même teinte que sa peau marron-sépia et il me checke à chaque fois qu'il trouve que la vanne est bonne, c'est-à-dire tout le temps.
Je trouve cependant qu'on tourne en rond à parler de cette majorité silencieuse qui se gave de culture populaire, alors je lui demande où il vit. Évidemment, il me répond "ici". Je lui dit "t'as quel âge". Il me donne son âge. Je lui dit "moi aussi". Il précise : "j'avais une femme, deux gosses et un appartement...". Je lui demande : "que s'est-il passé ?". "Longue histoire" me dit-il. On n'insiste pas.
Je lui passe ma carte pro en cas de besoin (si je daigne seulement décrocher l'appel - pourvu qu'il me fasse un texto) et lui propose de le dépanner.
Je lui tends alors 100 000 livres libanaises pour le troller, car ça ne fait qu'un euro. Entre temps, il aura réfuté le réquisitoire en complicité de crime de sorcellerie que j'avais commencé, car il s'est dit chrétien. "Viens à la messe, mon pote". "Ouais, il faut que j'y retourne. Tu sais, j'aime parler, j'aime les gens. Je me souviens de cette phrase qui dit 'soyez comme des petits enfants' Jean 3:15". Ce n'est pas la bonne référence, mais on ne se trompe jamais en citant la Sainte Ecriture. Pour renchérir, je lui balance : "Il est plus facile pour un chameau de passer par le trou d'une aiguille, qu'un riche de passer dans le Règne des Cieux". Il apprécie, et j'anticipe sa demande de le dépanner d'un vrai billet. Pas pour plaire au Christ Jésus, pas pour effacer mes nombreux péchés du jour, pas pour demander une grâce, mais parce que ce geste me semblait être dans la direction exacte qu'exige le sens de la vie.
Ceci dit, les prières de José, assis sur son trône de pauvreté, valent triple par rapport à celles des riches que nous sommes. J'espère alors qu'il aura une pensée pour moi quand il retrouvera le chemin de l'Église, et qu'il pardonnera la plupart de voir en lui un proto-lépreux, là où Dieu le père voit un seigneur d'humilité et certainement de sagesse.
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