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Épître à un ami : draguer lorsqu'on est un psychopathe schizoïde

Cher ami, Les relations humaines t’intéressent assez peu, mais tu as ressenti  hier  un léger pincement à ton petit coeur tout dur. La nymphe avait les yeux sombres, joliment dessinés et une peau finement dorée. Elle était « conseillère de vente », autrement dit « larbine pour quidam en surpoids », d'après l’adroite marotte que tu aurais avancée si tu ne t’étais guère pâmé . Alors dans cette boutique aux allures de chalet nordique, tu as essayé un sweatshirt aux couleurs locales. La boutiquière était à la caisse, et toi à cinq mètres, essayant ce produit bien trop cher. Alors face à un miroir, tu lui faisais dos, levé ton tricot et laissé entrevoir un dos large et olympien. Puis tu es allé au comptoir de la caisse pour te délester de quelques deniers, avant d’être caressé l'adorable foudre d'un "Bonjour" délicatement féminin. Elle parlait ta langue. Puis avec tout le courage qui te caractérise,  tu lui as demandé : « - Vous travaillez  ici  depuis longtemps ? Je...

Brève analyse de l’Épopée de Gilgamesh

Existait-il des civilisations plus avancées que la nôtre ? La question peut se poser après avoir refermé l’Epopée de Gilgamesh. Première fable écrite de l’histoire humaine, l’Épopée est un chef-d’oeuvre hors du temps.  Dans ce récit,  aucun groupe de crypto-mabouls qui souhaite tout "cancel", exceptés Tik Tok et Kim Kardashian ;  pas  d'utilisateurs de casques anti-bruits qui font leurs joggings de nuit comme des girafes apeurées ; ni  mérinos des faubourgs qui se ruent sur le papier toilette en cas de crise sanitai re ; ni bagarre générale quand il y a super réduc' sur le Nutella. Non, l'Épopée de Gilgamesh a sorti l’homme de la préhistoire pour l’installer dans l’Antiquité. Et avec quelle sagesse ! Cette belle fable est l'éloge de la force et de l'humilité, tout en traitant de grandes questions existentielles ; vous savez, ces questionnements dont  notre société se fout allègrement, se croyant "bien assez évoluée" :  - pourquoi vivre ?  - pourq...

Un regard froid dans la fournaise

Que fait qu’un humain est effrayé par un autre ? Sa taille, son poids, son pouvoir ? Prenons Madame Z.       Cette jeune trentenaire, une brunette légèrement rondelette, comparait devant une cour d’assises pour « homicide volontaire sur mineur de moins de 15 ans ». Autrement dit, elle est accusée d’avoir tué son bébé.      Imaginez-la le jour de son procès, arrivant stoïque sur le banc des accusés, gardant quelques instants la tête baissée, et gigotant un peu pour s’assurer qu’elle est bien assise. Puis elle lève le nez et une seule rotation du muscle sterno-cléido-mastoïdien laisse apparaitre un visage pâle mais remarquablement bien fait, un mélange de Diam’s et de Naomi Watts. Ce visage offre aussi à percevoir des yeux clairs, très clairs, si clairs qu’on ne saurait dire s’ils sont bleus ou verts. Mais tout instinct maternel semble avoir déserté ces deux beaux globes d’émeraude qui sont désormais des orbes de glace. Et ce regard, tracé  d’u...

Mes excuses à Elon Musk ; ou le panégyrique d'un contrit

Après une diatribe plus salée que les quatre mers, je souhaitais présenter mes plus âpres regrets à Elon Musk (ainsi qu’à toute sa très sainte et très digne communauté).  Il y a peu, j’eus le tort d’affubler Monsieur Musk de vilains quolibe ts ;  « d'infâme  »  et de  «   coquin »,  de « rat musqué », « d'animal sans pattes »,  de « vigoureux flibustier »,  de « saltimbanque de clocher », « d’amuseur de cabaret »,  de  « pontife du boniment », et  également de « serpent vertébré »,  de « drôle », de «   subtil colimaçon »,  de « fumier chimiquement pur », de « semi-lapin de garenne »,  de  « fils de pute à la mode »,  de « galante de la finance », « d’eunuque des hôtes de ces bois », « d'ultime chien maigre devant l’Éternel »...  Aussi reprocherais-je à Elon Musk d’être le sodomite des petits porteurs. Mais si l’Autiste lumineux manipule les cours des cryptopièces (et plus récemment le c...

La (presque) indicible sagesse de Everything, Everywhere, All at Once

Qui, contemplant les flétrissures de son visage, n’a pas regretté sa vie ? Ce visage est le siège  de vos mille possibilités. Mais chaque pore apparait désormais comme  un désert aride.  Et au gré des mouvements du temps, vous vous retrouvez, vous ne savez comment, sur une dune ardente. Ainsi vous voici  encerclé par des figures à bâtons dentelés et aux identités dissimulées par le mistral d'airain. Puis à la retombée de la tempête ensablée,  vos assaillants se révèlent : un rejeton en crise, un époux indolent, les impôts au séant, un commerce prenant... Et malheur !  Ce désert est toute votre vie. Et tout va trop vite, tout est énervant, nulle pensée audible, sauf cet écho incessant qui survient  dans l'intervalle lucide d'un destin tristement dément : « Quelle existence pitoyable je mène... mes choix ont-ils été si désastreux ? ».  Dès lors, vous avez envie d’altérer vos perceptions,  être air et liquide, paradis et enfer,  devenir un ...

Sur la façon de lire un poème ; ou un petit éloge de la lenteur

Faire un travail exquis, plein de crainte et de charme, Faire une perle d’une larme  .... Aimer le vrai, le beau, chercher leur harmonie ; Écouter dans son coeur l’écho de son génie ; Alfred de Musset, Qu'est-ce que la poésie ? Nous le voyons ici : la poésie est danse, mélodie et harmonie. En quête de la sonorité parfaite, l’auteur joue de la syllabe comme d'une note, du mot comme d'un geste, puis toute la phrase se met en mouvement dans un assaut de vives  lumières . Aussi, qui sait lire un poème pourra, à la faveur des bruissements de son coeur, s'étonner ensuite d’exprimer ses sentiments avec grâce et acuité. Ainsi la poésie stimule un imaginaire qui est sans cesse agressé par le vulgaire, et elle nous rend plus réceptifs aux plus subtils détails. La lire, c’est alors vivre une jouissance toute particulière. Quelques principes sont ainsi à observer. 1/ Savoir s'arrêter sur chaque mot De grâce, prenez votre temps. Pour illustrer cette nécessité, prenons ce poème d...

De la nécessité de lire Bossuet

On en conviendra, ce monde est une véritable poubelle (sauf Oslo qui est propre comme une écuelle). Mais consolons-nous parce qu'il a existé - certes il y a fort longtemps - des auteurs au style le plus rare et le plus pur. Parmi eux, le très haut et le très talentueux Jacques-Bénigne Bossuet. Le fameux évêque de Meaux, fils de magistrats, a été assez fin pour saisir, grâce à Saint Augustin, l'importance de l'éloquence du message religieux. Ainsi allait-il apprendre des pièces de Corneille.  De Bossuet, les panégyriques des princes et rois sont d'un style redoutable, clair et beau. Les phrases sont longues, mais elles donnent au sujet un flamboyant tel qu'elles paraissent légères. Ainsi de l'oraison funèbre de Louis II de Bourbon, cousin de Louis XIV et éminent Général :  "Mettons ensemble aujourd’hui, car nous le pouvons dans un si noble sujet, toutes les plus belles qualités d’une excellente nature ; et, à la gloire de la vérité, montrons dans un Prince a...

Ralentir le temps

« Le temps passe beaucoup trop vite ! », ou la grande phrase de l’adulte qui de sa montre est le captif. Cette victime de son temps est torpillée par son besoin d’attraper son train, remplir sa feuille d’impôt avant minuit, répondre aux sollicitations digitales de ses 30 millions d’amis... Quelle malédiction !  Quelques techniques existent toutefois pour éviter à vos dorsaux le fouet d'un système qui vous pousse sans cesse au lucre et à la cupidité. Donc, ci-après, trois conseils (seulement) finissant  sur de la bonne vieille philosophie  néo-stoïcienne allemande. Autant dire que l'on est bien loin du copywriting de Linkedin... 1/ Marcher et embrasser la dissidence authentique Dernière de nos libertés : mettre un pied devant l’autre sans but particulier. Et pour être dissident : marchez lentement ! La marche stimule le flux de pensées, tout en le ralentissant et l’organisant. Marcher nous donne la sensation d’être libre et guidé, lorsque l’on se sent asservi et égaré. ...

Frappé par la foudre

Mon ciel clair-obscur,  Si calme et si froid,  Las de mes fêlures,  Resta longtemps coi. Mais d'une cymbale, J'implorai un signe,  Qu'ennui déplorable,  Soit une vie insigne. Puis l' astre amical,  Oyant ma complainte, M'offrît muse affable. Haute comme la jacinthe, Joyeuse comme Ishtar, Dont les yeux brillants, Eurent mes heurs fuyards. Près de ses pommettes, Tout pleines d'étoiles, Son doux regard d’ange, Vit le plain boréal. Puis le ciel me fit louange,  D’ouvrir  l'éclair magistral. De sa main saisissant la mienne,  Et d'un baiser avec ses lèvres ambrées, Elle m'amena dans l'Éden, Et illumina ma passion enténébrée. Envouté par son sourire affectueux,  Ma poitrine vint joindre son sein ; Et mon coeur jadis maussade et taiseux, Osa répondre au sien.