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Un simple désert de verdure

Je me déplace lentement dans un champ de plantes dont il m'est impossible de connaitre la moitié des variétés. Chaque pas au fond de mes chaussures montantes fait basculer le feuillage jonché par les fines gouttelettes de la rosée matinale. Ma battue solitaire est si exaltante que j'en oublierais que la marche est un déséquilibre permanent. Je suis au centre d'un champ de chlorophylle, source sublime de vie. J'en serais presque désolé de souiller la nature par ma seule présence. Toutefois, ce sillon est nécessaire à ce que je puisse rebrousser chemin et m'orienter vers ce doux chalet, pas plus grand que la taille d'un dé à coudre, mais dont le confort triomphe sur celui du moindre logis citadin.  Je progresse vers la plaine. Les immenses Rocheuses sont derrière moi. Elles m'entourent et me protègent.  Sous ma veste en treillis, je cache ma chemise à carreaux rouge et noire ; un habit d'une mode intemporelle qui est pourtant d'un coloris trop vif pour...

Mon projet totalitaire pour la France

En 2022, plus personne ne croit en la démocratie. Le vote porte à la candidature des mollusques et des morues qui espèrent faire don de leurs corps à la France, alors que la science n'en même voudrait pas.  Qu’à cela ne tienne, nous avons les dirigeants que nous méritons.  D’ailleurs, nous savons que si, vous, vous étiez au pouvoir vous seriez sans dout e un horrible tyran.  Ne faites pas l’innocent. Vous connaissant, vous ne toléreriez aucune conduite qui sortirait de votre petit idéal ; et il en va également de ma personne.  Donc, c'est fort de l'honnêteté que j'entretiens envers vous, et envers moi-même, que j'exposerai mon projet résolument totalitaire pour la France. 1. L'armée pour les improductifs Tu es majeur et tu joues trop à Fortnite ? À l'armée. Souffre, cher Kevin, que « l’e-sport » n'est pas vraiment un sport.  Tu envoies des messages sur Snapchat ? À l'armée. Tu te prétends expert en quelque chose sans en avoir la compétence ? À l'...

Guide de survie en milieu professionnel hostile

Votre employeur est un fumier non fini et votre entourage professionnel consiste en une bande de zombies  ? Voici quelques conseils qui pourraient changer votre vie.  1/ Restez obséquieux, en toutes circonstances En principe, envers votre employeur : pas de familiarité, ni reproche. Mettez les formes. Vous avez une remarque à faire sur sa gestion pitoyable des affaires courantes ? Mettez les formes. Vous voulez lui glisser une petite insulte ? Mettez les formes. Feignez-vous de prétéritions et de formules hypocrites qui font loi dans les petits milieux parisiens, comme : "si je peux me permettre" ; "à mon avis" ; "sans vouloir polémiquer" ; "si je comprends bien" ; "à vrai dire, j'ai une vision assez différente de la situation"... Vous comprenez l'idée. Cette petite chose qu'est votre "supérieur" doit être ménagée.  Retenez que, légalement, vous aurez du mal à contester un licenciement qui procéderait d’injures de ...

Le Procès

Dans une forêt sombre, une figure décharnée gît sur le sol. Elle est enveloppée dans une sorte de drap blanc, et quelques rayons de soleil se frayent un chemin dans le feuillage pour  éclairer son visage cadavérique .  Soudain, deux voyageurs aperçoivent le corps au loin. Ils s'en approchent, mais ce visage répugnant et ses mains de volailles glacent d’effroi ces deux gaillards et prennent la fuite. Un peu plus tard, c'est trois hommes en uniforme qui finiront par retrouver la figure, et ces gens d’armes reconnaîtront bien vite ce personnage. Inerte, mais bien vivante, la chose sinistrée dégage malgré tout une grande puissance, et les hommes de son escorte sentiront cette force ; ils la ressentiront dans leurs chairs, elle en excitera chaque atome, et tous en étaient étourdis. Sur le chemin de l’abri, nul ne lui avait adressé la parole, mais tous savaient son nom. Quelques jours plus tard... La vieille chose décrépite se retrouve dans une immense salle boisée et parée de dorur...

Daniel Day-Lewis ; ou comment se donner à son art

Sachez-le, dans ce monde de hyènes et de rats rayés, il est un homme excellent, et si terriblement doué que ses congénères baissent la tête quand il entre dans la pièce. Sur le cercle très fermé des acteurs, il plane, il vient, il entre, et ressort - toujours en riant parce qu’il aura baissé le froc de tout le monde. Cet homme fait de chair et d’éther, c’est Daniel Day-Lewis. Certes, ce britannique a la tête de Monsieur Tout-le-monde, mais c’est précisément ce qui lui permet de jouer n’importe qui : du démon Irlandais, qui découpe des humains pour le loisir ; au péteux inoffensif, dont l’accent cockney trahit 7 générations de cul-serrés pour qui « agios » est un country club de Brighton. L’acteur incarne tant son personnage qu’à sa mort, il sera canonisé saint patron de sa profession. Pour lui, chaque projet est un pacte faustien. Il perd un morceau d’âme après chaque tournage. Il est son personnage. Il y croit. Donc nous aussi on y croit. C’est une force de volonté qui se situe entre ...

La mort de Mozart

     Destin funeste s’il en est, Wolfgang Mozart mourut minable, obèse, déliquescent et pochtronné.  Attributaire de la plus divine des grâces, il guida la musique vers une ère nouvelle. Ses symphonies joyeuses, vives, enivrantes frapperont de  synesthésie  maintes générations  de mélomanes.       Tenez, ses sonates pour piano resteront des mets délicats. dont chaque note nous offre le rouge des cuivres, le doré des hautbois, le bleu de l'ivoire frais... Chaque opéra porte aussi des stimuli aujourd'hui bien trop rares, et d'une insoutenable complexité pour notre pauvre époque.       Contrairement au triste Salieri, Mozart incarnait la joie, la passion, l'amour de l'amour, l'enfance éternelle et créative. Salieri, saint patron des médiocres, est ce chaste qui représentait la besogne, la petite diplomatie, les coups bas et les hypocrisies. Tandis que Wolfie Mozart ne sut jamais se placer, ni tenir sa cordée. Or, to...

La vérité sur les Rolling Stones et cette erreur historique qu'est Mick Jagger

  C'est en écoutant pour la centième fois l'album Music From "Lil Brown" d'Africa, tout juste remasterisé, qu'une vérité m'a frappé comme le poids lourd dézingue le chevreuil sur une autoroute dans le sens de Narbonne. Cette vérité est qu'aucun groupe, aucun artiste n'a été autant repris que les Rolling Stones.       " Paint it, Black ?" La version d'Africa surpasse de loin l'originale, parce qu'elle traduit génialement la sauvagerie de celui qui voit tout en noir, et qui veut voir tout en noir.      " Gimme Shelter ?" Sur l'enclume de la fin des temps, Merry Clayton envoie beaucoup d'énergie pour exprimer la puissance d'un désespoir né d'un premier état d'impuissance.    "( I Can't Get No) Satisfaction ?" Otis Redding, c'est au bas trois mégatonnes de testostérone qui collent à des paroles qui pestent contre la lourdeur de l'existence.   " Jumpin' Jack Flash ?"...

Eyes Wide Shut, une tragédie plus vraie que la réalité

Avant de casser sa pipe, Kubrick nous a offert le plus beau des films érotiques.  Eyes Wide Shut.  C’est l’histoire du gentil Docteur Bill Harford. Tellement joli qu’il se fait draguer par deux mannequins de luxe, en même temps, et lors de la même soirée. Tellement bon médecin de famille qu’il ne rend pas le baiser d’une charmante patiente, éprise pour lui d’une passion dévorante. Tellement adorable qu’il paye une prostituée après lui fait un seul bisou.  Devant la tentation de la chair, il est comme un diabétique dans une confiserie. Mais il a un garde-fou mental : le mariage.  Sa foi dans la morale maritale est si grande qu’il s'imagine à l'ombre de la concupiscence adultérine. Il pense qu'une simple paire d'alliances le préservera de la lassitude de son épouse. Quelle méprise. Lorsque sous l’emprise de la sainte ganja, sa femme lui révélera qu’elle aurait aimé jouer à Touché-Coulé avec un Marine G.I, c’est tout son monde qui s’écroule. Ses perceptions s’étiolent p...

Le protagoniste d’Orange mécanique, cette vermine qui vous fascine

Un soir, vous êtes tranquillement assis dans votre salon à mener votre petite activité dominicale. Puis soudain, on tambourine à votre porte : "M'sieur, s'il vous plait, notre ami est très mal en point". Vous envoyez alors votre moitié voir ce qui se passe, puis vous entendez un énorme fracas. Voilà que quatre ou cinq gonzes, tous déguisés en sorte de troubadours vénitiens, envahissent avec des cris de Cheyenne votre salon si joliment meublé. Est-ce les Chevaliers de l'Apocalypse ? Un Halloween improvisé ? Une mauvaise blague ? Vous n'avez pas le temps d'ergoter, car rapidement vous prenez un bon coup de sabot dans la mâchoire, et vous basculez et roulez brusquement vers l'arrière. Votre dos prend alors une courbure bien peu naturelle, et vos pauvres vertèbres risquent de s'en souvenir toute leur vie. Le souffle est coupé. Mais vous n'avez pas le temps de vous plaindre. On vous étreint vigoureusement sur le flanc, vous glisse une balle dans la ...