Poétique des insurrections parisiennes d'octobre - Mémoire d'une soirée du 17 octobre 2026

De l’orient à l'occident, la Grande couronne parisienne, qui n'a rien de royale, a été traversée samedi dernier par la jeunesse désenchantée. 

Moi assis en terrasse près de Saint-Sulpice, j'entendais la guérilla urbaine à cent mètres de mon poulet rôti, salade et demi-baguette. Une centaine de jeunes, habillés de survêtements noirs, munis de caches-cous et parfois de bâtons n'allaient pas en cours d'EPS. Ils venaient occuper les compagnies républicaines de sécurité (CRS) pour s’assurer qu'elles méritent leur salaire. Il était 21h. 

La nuit tombée, de grands fracas et des détonations raisonnaient dans les rues qui rejoignaient Châtelet-les-Halles, ce grand cirque mercantile à ciel ouvert. Cela fait quelques décennies qu'il est de mauvais goût de fréquenter ce coin, sans intérêt culturel, sans lieu d'artisanat, mais sous l’hégémonie des marques qui produisent au surplus en Asie... C'est tout juste un lieu assez spacieux pour que la jeunesse extra-muros du Paris peu privilégié puisse bénéficier d'un peu d'air et d’un peu de beau, tandis que 16 municipalités socialistes successives se sont échinées à les enfermer dans d'ignobles "maisons des jeunes" qui ressemblent à des bunkers de l'ex-RFA pour leur faire composer des rythmes de Rap ou leur faire jouer du Djembé. Foutus colons mentaux !

Ce soir-là, accompagné dans le tumulte, je marchais, je les voyais et je reconnaissais bien le panache de ces loustics. Une impression de déjà-vu, car sont les mêmes que la faible instruction publique de banlieue a réduit à l'état d'incultes et de quasi-analphabètes. L’un est afro-descendant, l’autre d'ascendance slave ou portugaise ; et les plus en souffrance ont des parents débordés par leurs tâches quotidiennes, si bien qu'ils manquèrent d'instruire leurs enfants, et de s'instruire eux-mêmes... Ce sont ces parents résidant administrativement en banlieue, mais demeurant absents, psychologiquement indisponibles, donc peu zélés dans leur vocation d'éducateurs, ni affermis dans l'idée de fonder un lignage meilleur. 
Voilà d’où sort l'individu post-moderne, celui-ci livrés à tous ses bas instincts. Voilà le non-citoyen que le monde appelle à fixer son regard sur un écran qui lui altère toutes ses facultés, sauf celles de se mouvoir - sans finalité bien déterminée...

Oui, me dis-je, à mon époque il était inconcevable de défier la police dans la rue, là où aucun professeur, aucun conseiller principal d'éducation n'est là pour prendre notre défense en plaidant pour cause d’irresponsabilité un "milieu familial difficile". Et même, provoquer le prochain qui est doté d'un équipement militaire et d'armes à projectiles, c'est assez peu intuitif. Aussi, ce soir-là, voyais-je des jeunes s'enfuir comme des gnous et hurler à l'approche de la milice républicaine. Il y a meilleurs partenaires pour jouer « à chat ». J’en voyais certains, assis  en pleurs en se tenant un oeil, et d'autres à demander aux  riverains de l'eau... et des oeufs (sans doute pour se doter de projectiles protéinés).

Face à ça, la réaction sincère et prodigue serait de leur dire de rentrer chez eux, de fonder un collectif et de manifester un peu plus intelligemment. Mais nous ne sommes pas en démocratie athénienne, et Socrate et Épictète ne sont pas là pour élever le niveau du débat. Alors on voudrait bien leur parler de Saint Paul et de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais leur niveau d'athéisme est aussi maladif qu'assourdissant. 

Et c'est bien leur problème : leur difficultés sont matérielles, leurs préoccupations aussi. Alors ils viennent à Paris prendre leur revanche matérielle. Ils viennent ainsi déplacer leurs insécurités dans cette petit cité privilégiée. Ils viennent déranger le bourgeois typique au sein même de son petit carré. Ils viennent exporter leur misère chez ceux qui ressentent, à tort, l'inconvénient d'être né, car ils sont le sentiment d'avoir tout obtenu. Voici les misères qui se rejoignent, celles des méprisés, des excentrés ; et celles de ceux du centre qui dégueulent d'opulence pour finir de rencontrer les populations qu'ils n'ont jamais daigné visiter.

Imaginez pourtant si ne serait-ce qu'un seul parisien des cafés littéraires venait donner le goût de la lecture à ces petites ouailles, impulsives mais attachantes. Imaginez si un seul bobo trop cultivé, gros capitaliste du savoir (mais qui, au fond, ne sait pas faire grand-chose), venait parler lettres à Bobigny ou à Villetaneuse. Même si la rencontre se passait mal, il aurait l'assurance de toucher au moins un banlieusard de son auditoire. Celui-ci s'y filerait pour lire les classiques, se hisser au niveau culturel des vraies élites (pas les politiques, mais les professions libérales) et voudrait ensuite donner les ficelles à ses frères de misère. De cette façon, on réaliserait un peu l'intention de cette fiction républicaine qu'est le principe de fraternité, et beaucoup la vertu très concrète de charité (CEC §2093–2094).

Dans l'attente que les rats de bibliothèque daignent partager le fromage de leur culture, ces jeunes ne peuvent qu'attendre le point critique, que quelques militants les excitent, qu’on leur fait prendre conscience sournoisement de leur dénuement, du peu de moyens que l'État concentré met dans leur avenir, et qu'on leur désigne quelques bouc-émissaires, par exemple, des "flics, homophobes, misogynes et racistes". Et c'est bien ce que j'ai vu dans une discussion Telegram d'un lycéen en garde-à-vue. Mais le flic est davantage un frère de condition que le cadre de LFI, hypocrite au dernier degré, anticlérical primaire, dégobillant, à chaque prise de parole, les slogans politiques du chef de parti, comme le cacatoès, l’élégance en moins.

Revenons à Paris, et soyons plus précis. Ces jeunes ont peut-être reçu des consignes d’étudiants politisés. Ils semblaient organisés, allant d’un point A à un point B, une heure à République, une autre Opéra, une autre Madeleine… La casse n’a rien de bon, et décrédibilise la cause, mais qu’il était bon de les voir investir ces hauts lieux du Paris des monuments. Somme d’acquisitions foncières inaccessibles, pas même en usufruit, ou seulement à panards et avec un Pass Navigo qui augmente de 20% par an. Foutu covid guerre en Ukraine Détroit d’Ormuz !

En somme, au grand dam des commerçants de Paris qui prospèrent grassement tout le long de l’année (ne vous inquiétez pas), le grabuge parisien est le produit de la longue macération du mépris d’une population que le système médiocrate a tenu pour acculturée et sans racines. Et de racines, ils n’ont en plus.

La solution est de rattacher ces pots de fleur en déshérence,  ces énergies en barre, ce beau monde, quoiqu’on en dise, à la souche française par la culture et la participation au projet français. Et c’est ce projet français, en lieu et place du projet républicain, qui les sortiront de la sécheresse spirituelle et les mèneront à considérer le règne de Jésus-Christ en tant que Dieu, prophète et roi ; le chemin, la vérité et la vie, la Lumière du monde, le Prince de la paix qui fait toute chose nouvelle.

Que le pape revienne vite nous instruire !



 




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